POUR INFO: François Fillon : « Je propose une alliance européenne de défense », interview au Monde

François Fillon, candidat de la droite à la présidentielle, se rend lundi 23 janvier à Berlin, où il doit rencontrer la chancelière Angela Merkel. Dans un entretien accordé au Monde et à la Frankfurter Allgemeine Zeitung, il met en garde contre l’agressivité de Donald Trump et propose une conférence de sécurité Europe-Russie. M. Fillon défend une alliance européenne de défense à côté de l’OTAN pour lutter contre le « totalitarisme islamique ». L’ancien premier ministre revoit à la baisse ses prévisions de déficits publics, propose la création d’un Fonds monétaire européen pour échapper à l’hégémonie du dollar et une harmonisation fiscale. Il refuse, en revanche, la création d’un ministre des finances de la zone euro et la mutualisation des dettes. Enfin, il s’oppose à une politique européenne d’immigration

Quand Donald Trump dit « America First », que doit répondre l’Europe ?

C’est un discours très agressif. L’Europe est prévenue. Elle doit donc s’organiser face à une politique américaine qui ne nous fera pas de cadeaux. Cela suppose, plus que jamais, une initiative européenne. Ce que Trump annonce a déjà commencé avant Trump. Depuis des années, les Etats-Unis manient contre nous l’arme du dollar. Après avoir imposé une amende de 9 milliards de dollars à la BNP-Paribas, la Deutsche Bank va devoir payer 7 milliards de dollars. Avoir engagé des négociations sur le traité transatlantique sans avoir fait un préalable du règlement de l’extraterritorialité de la justice américaine, c’est une faiblesse coupable des Européens. De même en Iran, où les Américains bloquent les Européens alors qu’ils encouragent leurs propres entreprises. Nous ne sommes pas obligés de subir les règles du jeu américaines.

L’avènement de Trump va-t-il obliger l’Allemagne à s’émanciper ?

C’est la fin de l’après-guerre, le début d’une nouvelle ère extrêmement dangereuse. Le besoin d’unité des pays européens est beaucoup plus grand qu’il y a 25 ans. Après l’attentat de Berlin, j’ai le sentiment que l’Allemagne prend conscience de ces nouveaux risques.

L’OTAN est-elle « obsolète », comme l’a dit Donald Trump ?

L’existence d’une alliance de défense transatlantique n’est pas obsolète, elle est même nécessaire. Mais elle n’est en rien une protection contre le totalitarisme islamique qui tente de déstabiliser une zone immense qui va du Pakistan au Nigeria. Dans beaucoup de cas, la politique américaine qui pilote l’OTAN n’est pas la solution contre le totalitarisme islamique, elle est plutôt le problème. Les Etats-Unis ont commis des erreurs au Proche-Orient. Ils sont en partie responsables de la situation. Trump ou pas Trump, l’Europe doit se construire une défense propre. Cette menace islamiste se posera dans des termes aigus s’il y a une déstabilisation de la rive sud de la Méditerranée. La France est très fortement présente au Mali. Je souhaite que l’Allemagne, qui a déjà fait un effort considérable en augmentant son budget de défense, s’engage à nos côtés. Je ne propose pas une défense européenne intégrée, mais une alliance européenne de défense. Il faut mettre en commun des moyens, bâtir une industrie européenne et créer un fonds qui mutualise et finance les dépenses d’intervention extérieure.

Faut-il sortir les dépenses de défense du Pacte de stabilité ?

Non, les dépenses sont des dépenses, ce sont des artifices de politiciens : à la fin vous allez toujours voir votre banquier pour qu’il vous prête. La bonne idée c’est d’avoir une mutualisation.

Vous parlez du Sud de l’Europe, mais il y a aussi un danger à l’Est, celui de Vladimir Poutine, que vous semblez minimiser.

Je ne minimise rien. La relation avec la Russie est une question stratégique pour l’avenir de l’Europe. Nous avons commis des erreurs par le passé en poussant la Russie vers ses travers. C’est un pays immense qu’on ne peut pas traiter avec légèreté, c’est un pays qui n’a pas de tradition démocratique et qui détient l’arme nucléaire. Il y a deux options : soit on essaie de trouver un accord avec la Russie, soit on l’affronte. Qui peut raisonnablement vouloir entrer en conflit avec la Russie ? Penser qu’on va faire plier le peuple russe en lui imposant des sanctions économiques est naïf. Il faut refonder notre relation avec la Russie. Cela passe par un règlement de la question ukrainienne. Kiev comme Moscou doivent respecter l’accord de Minsk. Dans un second temps, il faut un nouveau partenariat économique avec la Russie et enfin, je propose une conférence Europe-Russie sur les nouvelles conditions de sécurité en Europe.

Est-ce que Poutine est fiable ?

Est-ce que les Occidentaux ont toujours été fiables ? Est-ce qu’ils n’ont jamais trompé les Russes sur la Libye, sur le Kosovo, sur le partenariat économique avec l’UE ? La Russie a beaucoup de responsabilités, mais elle n’est pas la seule. Je vous rappelle les propos irresponsables de ceux qui voudraient faire entrer la Géorgie et l’Ukraine dans l’OTAN.

Pour ces pays prônez-vous la « doctrine Brejnev » : une souveraineté limitée ?

Non, il faut juste accepter que l’Ukraine et la Géorgie n’ont pas vocation à entrer dans l’UE et l’OTAN. Les Etats-Unis n’acceptent pas d’avoir des Etats agressifs à leurs frontières. Qu’avait-on besoin de déployer des missiles anti-missiles à la frontière russe. On a fait beaucoup d’erreurs. Je constate avec gravité la dérive russe. Est-ce qu’on peut ramener la Russie à des positions plus raisonnables ? Je n’en sais rien mais il est impératif d’essayer !

Est-ce que la contribution de Poutine à la lutte contre le terrorisme en Syrie est positive ?

La démarche russe a évité que l’Etat islamique prenne le pouvoir à Damas. C’est ce qu’une grande partie des élites occidentales ne comprend pas. On aurait pu éviter de donner les clés à M. Poutine, à l’Iran et à la Turquie, si on avait pris la mesure de la réalité de la guerre civile au départ, si on ne s’était pas illusionnés sur les capacités d’une opposition démocratique syrienne crédible et si on ne s’était pas mis hors-jeu. Je sais qui est Bachar Al-Assad, je sais quels crimes il a commis, mais faire de son départ un préalable était une erreur d’appréciation lourde qui a exclu les Européens du processus.

En bombardant Alep, Poutine ne commet-il pas des crimes de guerre et ne crée-t-il pas de nouvelles vocations djihadistes ?

Sur les crimes de guerre, il faut être prudent, cela concerne beaucoup de monde… Malheureusement, la guerre n’est pas propre. La Russie a une stratégie, nous, on n’en a pas.

Que peut-on proposer à l’Allemagne en matière d’action commune étrangère ?

Il y a un préalable, le rétablissement de la puissance française. Les Allemands n’ont pas confiance dans notre capacité à nous redresser. Par exemple, quand on leur parle d’harmonisation fiscale, ils nous soupçonnent de vouloir les forcer à augmenter les impôts. La seule chose qui les convaincra, ce sont les décisions puissantes qu’on prendra cet été. Le reste c’est de la littérature.

Allez-vous, comme tous les présidents français, commencer par ne pas respecter les 3 % en 2017 et 2018 ?

Le gouvernement socialiste laissera les finances publiques dans une situation dégradée alors qu’il a bénéficié de taux d’intérêt historiquement bas. Le déficit 2017 sera sensiblement au-dessus de 3 %. Je m’attends à ce qu’il atteigne 3,5 % ou 3,6 % du PIB, très au-dessus des 2,7 % annoncés. Ce déficit n’est pas le mien, c’est celui de François Hollande. Nous savons aussi qu’un volume important de dépenses non financées ne prendra effet qu’en 2018, creusant encore le déficit. Mon objectif est de corriger cela et d’être aussi proches que possible de 3 % en 2018 avec un objectif de zéro déficit en 2022. C’est pour cela que je propose 100 milliards d’euros d’économies. La barre de 3 % ne peut pas être un objectif, parce qu’elle ne permet pas de réduire la dette. L’objectif doit être l’équilibre budgétaire car nous ne pouvons pas laisser cette dette en héritage à nos enfants. Pour cela, il faut enfin mettre en œuvre des réformes structurelles pour retrouver la croissance, l’emploi et réduire les dépenses publiques. Ce qu’on peut reprocher à François Hollande c’est, faute de réformes, de ne s’être donné aucun moyen sérieux de réduire le déficit. Ceux qui veulent me donner des leçons d’orthodoxie pour non-respect des 3 % sont les mêmes qui refusent de faire ces réformes indispensables pour la France.

Nicolas Sarkozy avait cherché une alliance avec Tony Blair, François Hollande avec les pays d’Europe du Sud. Existe-il une alternative à la relation privilégiée avec l’Allemagne ?

La relation franco-allemande est absolument fondamentale. Rien ne se construira en Europe sans son impulsion. Je fais donc le choix de son renforcement, dans un partenariat d’égal à égal. Ce partenariat n’a jamais été aussi vide et faible qu’aujourd’hui. Il y a trois raisons à cela. Côté français, la faiblesse économique et l’absence de réformes structurelles, qui ont affaibli la France par rapport à l’Allemagne. Deuxième raison, l’erreur stratégique de François Hollande qui a commencé le quinquennat par une tentative d’encerclement de l’Allemagne, qui a lamentablement échoué et laissé des traces. La troisième raison est notre incapacité à nous parler franchement entre Français et Allemands, à lancer de nouveaux projets communs et à mettre sur la table nos divergences pour les surmonter. Il est temps de le faire. Notre responsabilité historique est de donner ensemble à l’Europe la puissance politique pour peser face aux Etats-Unis, face à la Russie, face à la Chine. Certains, en Allemagne comme en France, donnent parfois l’impression de se satisfaire d’un système européen à bout de souffle.

Diriez-vous comme Donald Trump que l’UE est au seul service de l’Allemagne ?

Non, bien sûr que non. Mais l’Union européenne va très mal. Avec une Allemagne forte, sans contrepoids solides. L’Europe a tergiversé sur ses réformes de fonctionnement et cela a conduit au départ d’un peuple, les Britanniques. Ce départ peut être mortel si l’Europe ne se ressaisit pas. Je propose une relance du projet européen, de façon très pragmatique. Je ne crois pas à la possibilité de refonder les institutions européennes et les traités qui seront forcément des compromis bâtards qui susciteront beaucoup d’animosité de la part des peuples. Je propose de relancer d’abord la zone euro. Il faut que les chefs d’Etats et de gouvernements prennent sérieusement la direction économique de la zone euro en se réunissant régulièrement, qu’ils fixent un agenda d’harmonisation fiscale en priorité sur les entreprises et se dotent d’un secrétariat général, distinct de la Commission européenne. Deuxième objectif : faire de l’euro une monnaie de réserve internationale qui nous permette de nous extraire de la tutelle du dollar. C’était dans les objectifs du traité de Maastricht. Cela implique de créer un Fonds monétaire européen comme le propose Wolfgang Schäuble pour pouvoir aider les Etats sans passer par le FMI. Après, il faut franchir les étapes les unes après les autres et ne pas se fixer d’objectifs trop ambitieux. La mutualisation des dettes et la création d’un ministre des finances de la zone euro risqueraient de faire capoter l’objectif premier qui est l’harmonisation fiscale et la gestion intergouvernementale de la zone euro par les chefs d’Etats et de gouvernements.

Est-ce qu’Angela Merkel a commis « une erreur catastrophique » en accueillant les réfugiés comme l’a dit Trump ?

Je ne donnerai pas de leçon à l’Allemagne mais il doit être clair que la France n’acceptera pas d’accueillir davantage de réfugiés. La France n’est pas en mesure de le faire en raison de sa situation économique, du nombre de personnes étrangères qui sont déjà sur son territoire, de l’échec de notre système d’intégration. Je défends le droit d’asile, les valeurs qu’il porte, mais pour le reste je défends une politique d’immigration beaucoup plus stricte avec la fixation de quotas, des frontières européennes sérieusement surveillées et défendues, un système biométrique qui permet de savoir qui entre sur le territoire européen et qui en sort. Je soutiens l’initiative d’Angela Merkel d’un partenariat beaucoup plus actif avec l’Afrique qui doit accepter en échange de l’aide de reprendre ses immigrants illégaux.

Donc vous êtes contre une remise en cause du principe de Dublin et contre des quotas européens de répartition de migrants ?

Oui, chaque pays doit garder la maîtrise de sa politique d’immigration.

En fait, vous êtes sur la ligne des gouvernements hongrois et polonais…

Je suis simplement sur la ligne de la France.

Après le Brexit et Trump, la France est-elle le dernier maillon faible ? Comment comptez-vous combattre le Front National ?

La première cause du mal qui ronge la France, c’est le chômage. Ceux qui disent qu’on ne peut rien faire sont les complices involontaires du FN. Il faut donc tout faire pour parvenir au plein-emploi. Les Français réclament du travail et de l’autorité.

Comité seynois de soutien de François FILLON

 

 

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