Pour info: Réflexions d’un Dominicain. et De Vincent Goyet, ancien assistant parlementaire

 

 

Chers amis,


Il n’est pas dans mes habitudes de quitter le domaine spirituel, mais je me demande s’il est si loin de l’affaire dont je vais parler… Bizarre, oui, de constater aujourd’hui à quel point les médias et réseaux sociaux s’emballent sur une affaire qui, pour le moment, n’en est pas une, mais est révélatrice d’une société fragilisée, en perte totale de repères et de confiance : je veux parler de la prétendue, jusqu’à maintenant, « affaire Fillon ». Je suis surpris, enfin pas vraiment tellement j’ai l’habitude d’Internet, de constater avec quelle facilité des insinuations deviennent des faits. Surtout à partir des réseaux sociaux que plusieurs d’entre vous ne fréquentent pas.
Je ne sais absolument pas si François Fillon est coupable de quoi que ce soit, il l’est peut-être, je ne l’exclus aucunement, mais me situe à un autre niveau…
Pour l’heure, je suis effaré de constater qu’il n’y a rien d’avéré, mais que tout le monde a l’air de considérer que ça l’est : je rappelle, entre autres et pour ceux qui l’auraient oublié, la prétendue « affaire Eric Woerth », dont « l’accusé » a été, pour autant que je sache, entièrement blanchi ! Au bout de quelques années et après avoir été « mis en quarantaine ». Pour François Fillon, au moment où j’écris :
1 – Rien d’illégal, quelles que soient les sommes en jeu (qui sont loin d’égaler ce que certains footballeurs gagnent eux en un mois). Et sachant que la pratique parlementaire mise en cause est peut-être discutable, mais très courante.
2 – Une attaque virulente qui, faute de pouvoir s’en prendre directement à un homme, visé sa femme au prétexte d’un emploi fictif, ce qui, je le répète, est peut-être vrai, peut-être faux, en tout cas difficile à prouver dans un sens ou dans un autre. Et pour le moment appuyée sur quelques modestes témoignages douteux.
Voilà à peu près tout, non tout je crois : un point de départ qui est aussi, pour l’heure, un point d’arrivée.
Puisque polémique il y a sur des fondements aussi ténus, et donc certainement orchestrée, on peut en apporter d’autres dans un autre sens qui manifestent des intérêts cachés, enfin plus ou moins cachés.Je le fais à partir d’un extrait d’une page Facebook, sans avoir pu retrouver l’auteur tellement les infos passent vite sur Facebook, et sans avoir pu vérifier là non plus tous les éléments avancés, et d’un dessin humoristique : juste pour souligner qu’on peut se poser certaines questions bien occultées et qu’il faut être prudent et patient dans les appréciations portées. Dans quelque sens que ce soit.

« Les journalistes ne sont pas là pour informer, ils sont les serviteurs de groupes financiers qui manipulent l’opinion publique dans le but de réaliser leur stratégie de développement !
Posez-vous les bonnes questions ; A qui appartient BFM qui «casse du Fillon» à longueur d’antenne ?
A Patrick Drahi, un homme d’affaires franco-maroco-israélien, propriétaire du groupe SFR mais surtout d’Altice médias (une dizaine de chaînes d’info, 20 magazines, 7 sites Internet, 7 Applis Mobile, 11 Applis Tablette) les plus connus BFM, RMC, L’Express, Libération, Côté Maison, L’Expansion, Mieux Vivre, Votre Argent, Studio Ciné, Libération, i24News… Une audience qui lui permet de faire passer ses messages en permanence à… 50% de la population Française (chiffres ACPM).
Pourquoi alors ces médias cassent-ils François Fillon pour faire monter Emmanuel Macron ?
Il suffit de frapper dans google «Drahi Macron» et de lire des centaines de commentaires comme :
Bernard Mourad, ancien Banquier et patron d’Altice Media Group (groupe de Drahi) a abandonné ses fonctions pour rejoindre l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron comme conseiller spécial et pour structurer le mouvement «en marche».
En 2014, le rachat de SFR par Drahi en concurrence avec Bouygues, Montebourg s’y oppose en disant ; «Numericable a une holding au Luxembourg, son entreprise est cotée à la Bourse d’Amsterdam, sa participation personnelle est à Guernesey dans un paradis fiscal de Sa Majesté la reine d’Angleterre, et lui-même est résident suisse ! Nous avons des questions fiscales à lui poser !» Nous connaissons la suite qui se termine par un feu vert discrètement donné. Macron, lui, soutient le rachat de SFR par Numéricable qui appartient à Drahi.
L’énarque Emmanuel Macron, ex banquier de la Banque Rothschild et ministre des finances de F. Hollande, ose se présenter comme un candidat hors du Système. La machine à bourrer les crânes tournant à plein régime. Mais les éléments s’amoncellent qui prouvent que Macron est bien le candidat de l’oligarchie capitaliste ».

Sans parler du silence tranquille de Mme Le Pen qui se réjouit de ce genre de polémique. Elle n’a même pas à défendre « son » programme….
Très amicalement,

 

Fr. Hervé Ponsot o.p.

De Vincent Goyet, ancien assistant parlementaire

(et élu de Saint Mitre les Remparts près de Martigues)

 

Parce que j’ai été attaché parlementaire, beaucoup de ceux qui me connaissent m’ont demandé comment faire le tri entre tous les éléments qu’ils ont lus dans la presse ces derniers jours à propos du fonctionnement de l’équipe qui entoure chaque député.

Je tiens à préciser tout de suite que si je soutiens François Fillon depuis la défaite et le départ de Nicolas Sarkozy en mai 2012, les éléments que je donne ci-dessous sont ma propre analyse et mon propre ressenti. Je laisse chacun y puiser ce qu’il voudra.

Avant tout, le cabinet parlementaire constitue juridiquement une TPE. Le député embauche et rémunère librement ses collaborateurs, sur la base de contrats de travail de droit privé, qui prennent automatiquement fin en cas d’interruption du mandat parlementaire.

Pour rémunérer ses collaborateurs, chaque député dispose d’une enveloppe mensuelle de 9 561 € (lorsqu’il laisse l’Assemblée nationale gérer ces contrats et payer les charges patronales), 14 341 € s’il décide de tout gérer lui-même. Sur les 9 561 €, il doit donc encore acquitter les charges salariales (précision technique pour les puristes).

Dans les faits, l’immense majorité des députés laisse l’Assemblée s’occuper de tout.

Chaque député organise à sa guise le travail de son équipe, avec des collaborateurs dont le travail peut être très divers : agenda, logistique, courriers, dossiers législatifs, dossiers locaux, réunions, questions au Gouvernement, amendements, relations presse, relations avec les élus, relations avec la population, communication, rendez-vous, représentant du, conseil, etc. Ce travail répond en fait aux trois fonctions remplies par un parlementaire : 1/ il représente le peuple ; 2/ il vote les lois ; 3/ il contrôle l’action du Gouvernement et des administrations.

Bref, le travail est gigantesque, et la politique est bien souvent le lieu où les militants viennent donner un coup de main bénévole (mise sous pli, distribution de documents à la population, logistique des réunions publiques, réseaux sociaux, etc.). Il y a plutôt trop de travail que pas assez !

François Fillon est aujourd’hui attaqué non pas pour avoir rémunéré son épouse et deux de ses enfants, mais parce que certains soupçonnent qu’il s’agirait d’emplois fictifs, sans travail réalisé en contrepartie.

Comme je viens de le souligner, ce n’est pas le travail qui manque autour d’un député. J’ai croisé des dizaines et des dizaines de parlementaires, davantage encore de collaborateurs, et la plupart d’entre eux sont des passionnés, qui ne comptent pas leurs heures. De même, il est inimaginable qu’un élu fasse une carrière politique durant 35 ans (François Fillon a été élu pour la première fois en 1981) sans que sa / son conjoint(e) ne lui apporte au quotidien un soutien et une aide de tous les instants, surtout si elle / il n’a pas une autre activité professionnelle à côté.

Quid du niveau de rémunération pour le conjoint non salarié du chef d’entreprise ? Comme dans n’importe quelle TPE, il est fréquent que le conjoint participe de fait à l’activité sans percevoir de salaire. Quand la structure trouve l’espace d’une rémunération, il peut y avoir ensuite une forme de rattrapage salarial, en contrepartie de toutes les années de bénévolat.

S’agissant de Pénélope Fillon, elle n’a pas été rémunérée entre 1981 et 1997. Puis elle a bénéficié d’un salaire comme attachée parlementaire jusqu’en 2013 (avec manifestement un rattrapage salarial). Elle a perçu 639 000 euros net sur cette période (les médias parlent en brut pour gonfler la somme). Ramené à 35 années de travail aux côtés de son mari, nous arrivons à l’équivalent d’un salaire net mensuel de 1521 €. Tous ceux qui se scandalisent du montant de 830 000 € brut devraient méditer sur la période concernée… Si j’avais travaillé durant 35 ans aux côtés de François Fillon, sur la base du salaire de 2600 € net que je touchais en 2007, j’aurais coûté bien plus de 830 000 € brut (faites le calcul : 1,4 million d’euros brut – et par souci de simplicité, je n’ai pas tenu compte du 13e mois…).

Mais quel travail a donc bien pu réaliser Pénélope Fillon ? Sans doute un travail de petite main pour un grand nombre de courriers reçus au domicile (François Fillon n’avait pas de permanence parlementaire en circonscription). Un soutien logistique également. Un travail de conseil, relecture (c’est ce qui semble ressortir de la bouche de l’avocat de François Fillon). Un travail de représentation, aussi, accompagnant son mari, ou se substituant à lui quand il n’était pas disponible.

Pénélope Fillon n’aurait-elle pas pu remplir toutes ces tâches sans être rémunérée ? Si, sans doute. Mais en France, la loi autorise les parlementaires à salarier leurs proches. De très, très nombreux élus le font, ponctuellement ou de façon pérenne. C’est fréquemment le cas pour les enfants étudiants des députés ou sénateurs, dont les parents mettent ainsi le pied à l’étrier professionnel.

Mais alors, pourquoi cette brusque poussée de fièvre concernant François Fillon ? Qui ne voit pas l’opération de déstabilisation à quelques semaines de la présidentielle ? « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose », proclame Francis Bacon dans son Essai sur l’athéisme.

Interrogeons-nous maintenant sur le niveau de rémunération des enfants de parlementaires : n’est-il pas excessif ? On peut parfaitement le penser dans certains cas. Mais 1/ ce montant reste à la discrétion du parlementaire et 2/ on sort du débat sur le caractère fictif de l’emploi. Les enfants de Fillon avaient fait des études de droit, l’un d’eux a d’ailleurs obtenu son diplôme d’avocat l’année suivante. Ils avaient donc des compétences utiles pour aider leur père dans ses missions parlementaires. Il ne s’agit pas d’emplois fictifs. Or, c’est là-dessus que Fillon est attaqué.

Certains s’étonnent aussi que Pénélope Fillon n’avait pas de badge pour accéder à l’Assemblée, ni d’adresse e-mail personnalisée. J’ai travaillé durant 5 ans à l’Assemblée (entre 2002 et 2007), j’avais évidemment un badge pour accéder à mon lieu de travail, mais ce n’était pas le cas de tous mes collègues de circonscription. Je n’ai par ailleurs jamais eu d’adresse e-mail professionnelle à mon nom : j’ai toujours utilisé l’adresse des parlementaires pour lesquels j’ai travaillé.

Autres questions légitimes que se posent beaucoup de gens : pourquoi Pénélope Fillon a-t-elle été rémunérée par le suppléant de François Fillon ? A quel travail est-ce que cela correspond ? Pourquoi un salaire si élevé ? Lorsqu’un parlementaire devenu ministre, il conserve un lien avec le territoire d’où il est originaire. Les collaborateurs du suppléant devenu député font souvent le lien et la navette entre la circonscription et le ministère. Et Pénélope Fillon a pu être d’autant plus sollicitée dans ce cadre que l’agenda de son mari le rendait beaucoup moins disponible. Le suppléant de François Fillon était par ailleurs peut-être davantage présent en circonscription qu’à Paris, n’ayant pas forcément les mêmes ambitions et appétences pour le travail législatif que son prédécesseur.

Enfin, un élément important : jusqu’en 2012, les députés pouvaient conserver le reliquat du crédit collaborateurs qui leur était attribué. Cet argent ne serait donc pas resté dans les caisses de l’Assemblée. Ceux qui demandent à Pénélope Fillon de « rendre l’argent » ignorent manifestement qu’il s’agirait de le rendre… à François Fillon lui-même.

Mais alors, pourquoi Pénélope Fillon a-t-elle dit qu’elle ne travaillait pas et ne s’était jamais mêlée de politique ? Peut-être simplement parce qu’elle ne considérait pas son action comme un travail, mais comme un engagement aux côtés de son mari. Il n’empêche que si elle n’avait pas été là, toutes les tâches qu’elle a accomplies auraient dû l’être par quelqu’un d’autre. En outre, un attaché parlementaire ne fait pas de politique : il travaille dans le domaine politique, mais c’est le parlementaire qui fait de la politique. Pas ses collaborateurs.

Posons-nous maintenant la question de l’orchestration de cette affaire politico-médiatique :
– le mercredi 25 janvier, le Canard Enchaîné publie un article
– le jeudi 26 janvier, le Parquet national financier ouvre une enquête judiciaire
– le vendredi 27 janvier, ce même parquet auditionné plusieurs témoins

Une vitesse absolument stupéfiante !

Pour rappel, le parquet national financier a été créé par Christiane Taubira en 2014, qui y a placé ses amis : le procureur du PNF, Eliane Houlette, était commissaire du gouvernement auprès du Conseil des ventes volontaires. Elle doit son incroyable et fulgurante promotion au Garde des Sceaux de l’époque, laquelle a également constitué une équipe de procureurs adjoints et vice-procureurs parmi ses très proches (Michel Pelegry, Ulrika Delaunay-Weiss, Patrice Amar, Monica d’Onofrio…).

Rappelons aussi qu’en France, le parquet (a fortiori le parquet national financier) n’est pas indépendant du pouvoir exécutif : les procureurs dépendent directement du ministre de la Justice, ce qui est d’ailleurs pointé du doigt par la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

La vitesse avec laquelle le parquet s’est jeté sur François Fillon ne manquera pas d’interpeller tous ceux qui déplorent les lenteurs habituelles de la Justice. La perquisition de l’Assemblée nationale qui a eu lieu hier après-midi relève là encore de l’exceptionnel.

Parallèlement, quand des journalistes publient dans le livre « Nos très chers émirs » des accusations nominatives de corruption envers un ministre du Gouvernement, le même parquet reste curieusement muet. Pourquoi une telle différence de traitement ?

Face à cette situation, je suis persuadé de l’impossibilité pour Pénélope Fillon de ne pas avoir participé au travail parlementaire de son mari. Son travail n’a pas été fictif, et il dure depuis 35 ans.

Je suis aussi persuadé que cette opération de déstabilisation a été sciemment préparée et orchestrée. Je n’ai pas voulu croire à une machination envers DSK en 2011, ses propres turpitudes étant suffisantes pour provoquer la chute d’un candidat annoncé par tous comme le prochain président français. La similitude de l’acharnement qu’il a subi alors, avec l’acharnement subi aujourd’hui par François Fillon, fait naître le doute. Les mêmes officines semblent à l’oeuvre. D’ailleurs, ce sont les mêmes qui en furent et en seraient les grands bénéficiaires : François Hollande et ses proches, du PS à Macron.

Et toute cette agitation éloigne les citoyens de ce qui devrait nous préoccuper à titre principal : la situation de la France, qui compte un nombre record de chômeurs, dont la Dette n’a jamais été aussi élevée, et qui n’offre aux jeunes générations que le choix entre le déclassement ou l’émigration.

Voilà pourquoi je continue plus que jamais à soutenir François Fillon. Parce que le projet qu’il porte me semble nécessaire pour redresser notre pays. Parce qu’il faut desserrer l’étau de l’étatisme. Parce qu’il faut permettre à chacun de travailler davantage s’il le souhaite pour gagner davantage. Parce qu’il faut améliorer le financement et la couverture maladie de notre assurance sociale. Parce que la France doit redevenir un interlocuteur crédible sur la scène internationale.

Et parce que je ne suis pas dupe du matraquage médiatique actuel.

 

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